mercredi 13 juillet 2011

Chronique d'une mort annoncée - Foursquare et Gowalla

En revenant de Boston, je suis passé par Salem, la ville des sorcières et me suis arrêté à une vente de garage. Une vieille dame au sourire édenté m'a vendu sa vieille boule de cristal, me prévenant qu'elle ne fonctionnait pas aussi bien qu'autrefois.  Ses instructions n’étaient pas très claires mais je crois y avoir vu le destin de quelques sites de réseaux sociaux dont Foursquare, Gowalla, Quora et Plaxo.

Pour ce billet, je vous parlerai seulement de Gowalla et Foursquare. Les autres sites seront discutés dans un prochain billet.

Le réseautage social avec géolocalisation

Le réseautage social géolocalisé permet d’indiquer où l’on se trouve en faisant un « check-in ». Il permet aussi d’identifier ses « amis » dans un endroit et d’obtenir des faveurs de certains marchants. Les acteurs principaux de ce créneau sont Foursquare, Gowalla et Facebook Places.

Pour que ces services fonctionnent bien, il leur faut un inventaire très complet des endroits, beaucoup d’utilisateurs et des incitatifs pour que ces derniers fassent leurs « check-in ». Il faut aussi que les utilisateurs acceptent de publier leur emplacement, ce qui n’est pas toujours une bonne idée. En effet, ces services sont du bonbon pour les cambrioleurs.

Gowalla

Gowalla offre son service sous forme d'applications iPhone, iPad, Android, Blackberry et Palm. Une version web pour mobiles est également disponible. Même s’il couvre la majorité des plateformes mobiles, son répertoire d’endroits est limité et il n'a pas une masse critique d’utilisateurs. Foursquare a mieux réussi à attirer des utilisateurs, ce qui a tué Gowalla en bas âge. D’ailleurs, je m’étonne que le service soit encore en opération.

Foursquare

Foursquare est le leader des réseaux sociaux dédié à la géolocalisation avec près de 10 million d’utilisateurs. Il offre son application sur presque toutes les plateformes mobiles. De plus, il a un excellent répertoire de lieux et il a su créer un certain incitatif à son utilisation avec je jeu des badges, la compétition entre amis et les rabais fournis par certains marchants.

Malheureusement, Foursquare souffre de trois maux importants. Le premier est son interface qui est difficile d’utilisation. Un exemple parmi d'autres, en regardant la liste des lieux dans l'image ci-dessous, celle-ci n'est pas en ordre de proximité. Ce n’est pas comme ça que l’on attire monsieur tout-le-monde.



Le deuxième problème important est le faible nombre d’utilisateurs. Facebook Foursquare se targue d’avoir 10 millions d’utilisateurs. C’est 5% des utilisateurs sur LinkedIn. Considérant que la grande majorité des gens travaillant hors des domaines du web et des communications n’est même pas sur ce réseau professionnel, une personne hors de ces professions n’a presque pas de chance de trouver des amis sur Foursquare, sauf peut-être dans les très grands centres comme New-York et Los Angeles.

Cependant, ce qui va lui donner son coup de grâce, c’est que Foursquare ne sert pas à grand chose. C’est un petit divertissement dont on se lasse vite. Il a beau avoir quelques millions d’utilisateurs, je serais curieux de savoir combien parmi ceux-ci s’en sont servis dans la dernière semaine. Bien peu, je le crains.

Foursquare va faire du surplace encore une année ou deux et disparaîtra par la suite. Et si jamais Google se mettait de la partie, avec son immense base de données géographiques et sa base d'utilisateurs, Foursquare mourra encore plus vite.

P.S. Si vous vous intéressez quand même à Foursquare, visitez le blogue de Samuel Parent qui vous en révèlera tous les secrets.

Que dire de Facebook Places?

Que ce soit pour les utilisateurs ou les entreprises, Facebook Places est franchement pitoyable et il ne mériterait pas de survivre. Cependant, Facebook a 750 millions d'utilisateurs et encore plus de dollars en banque. Alors, le jour où ils voudront offrir une fonctionnalité de géolocalisation qui a de l'allure, ils pourront le faire facilement.

Conclusion

Pardonnez-moi si mes prédictions ne sont pas parfaites. Je débute comme diseur de bonne aventure. Mais selon ce que j’ai vu dans la boule de cristal, Gowalla ne survivra pas à l’année 2012 et Foursquare vivotera jusqu’en 2014. Ceci ne veut pas dire qu'il ne faut pas utiliser Foursquare. Par contre, il faut comprendre que la période pour récupérer son investissement ne sera pas très longue.

10 commentaires:

J.S a dit...

Bonjour,

Je ne suis pas entièrement d'accord avec vous. Je vous trouve légèrement pessimiste.
Que faites vous des partenariats de Gowalla avec la Nasa ou avec Dysney ? ne pensez vous pas que cela puisse aider à développer Gowalla ?
Bien sur Gowalla est plus lent, souffre de bug de check in ou même parfois de login mais l'avantage de Gowalla est aussi son design (à ne pas négliger) vraiment moins austere que Foursquare.
Le système d'objet apporte aussi une dose de fun / de jeux que Foursquare n'apporte pas. (L'obtention de certains badges sur Foursquare est quasi impossible ou vraiment pas clair.).

Je prédis un bel avenir aux deux compagnies...mais peut-etre suis je trop optimiste.

Marc Poulin a dit...

Malheureusement, je prévois un avenir bien morose pour Gowalla. Dans le secteur de la géolocalisation, Gowalla est un nain à coté de Google, Facebook et Foursquare. Or, ces applications ont besoin d'un réseau d'utilisateurs et d'un nombre d'emplacements qui veulent y mettre du temps. Or les les utilisateurs et les organisations n'ont pas le temps de participer à tout. Et ce sont les petits qui écopent.

MikaelDorian a dit...

Je trouve ce billet trop négatif.

Pour Facebook Places, je suis d'accord que c'est un service pitoyable et sans intérêt. Il y a des tonnes de lieux incorrectes et impossible de les corriger. Et Places est ennuyeux à mourir. Et je doute que Facebook arrivera à faire mieux...

Mais pour Foursquare, je ne suis pas du tout d'accord. 10 millions d'utilisateurs à l'air peu, mais c'est déjà beaucoup pour un service lancé à l'international que depuis un an et demi... Twitter a mis 3 ans pour passer de 0 à 12 millions d'utilisateurs. On voit bien là que Foursquare a grossi 2 fois plus vite.
Ensuite, contrairement à Facebook Places qui n'est utilisé que rarement, Foursquare est utilisé plusieurs fois quotidiennement. J'ai 900 "amis" et ce sont pas que des technophiles. Loin de là. Ça n'arrête pas de se localiser.
Les checkins sont plus rares au début et de plus en plus régulier quand Foursquare est apprivoisé. Et je le constat aussi avec la multiplication des lieux créés et leur nombre de checkins. Alors il est erroné de penser que Foursquare est un arbre mort. D'autant qu'il y a de plus en plus d'offres spéciales un peu partout dans le monde.
Enfin, ça serait oublié une des forces de Foursquare : les SU (super utilisateurs). Les lieux sont corrigés et gérer. Contrairement à Gowalla ou Facebook Places.

Marc Poulin a dit...

Mikael,
Professionnellement, je me sens un peu obligé de participer dans plusieurs réseaux sociaux. Mais je dois dire que je suis tanné de gérer toutes ces demandes d'amitié ou de connections. Le commun des mortel et ce n'est certainement pas toi avec ta multitude d'amis professionnels du web, trouve que c'est déjà beaucoup trop de temps à consacrer pour créer et gérer ses réseaux sur Facebook, LinkedIn et Twitter. Désolé mais FourSquare arrive après ceux-ci et il ne reste plus de temps. Ça va demeurer un produit de niche, puis ça va mourir. Surtout que je ne vois pas comment ils génèrent du revenu pour couvrir leurs coûts.

Pour le moment, Facebook et Google ne se sont pas vraiment intéressé à ce créneau. Je soupçonne que ce ne soit pas encore assez payant. De plus, ne pas envahir ce créneau pour le moment diminue les pressions anti-trust. Lorsqu'ils s'y intéresseront, ils écraseront la compétition car ils ont déjà les utilisateurs, les emplacements, la régie publicitaire et les relations d'affaires avec les marchants. Bye Bye Foursquare, c'était une idée formidable. Merci d'avoir été là.

Laurent a dit...

Bon article!
Petite coquille en dessous de l'image: "Facebook[Foursquare] se targue d’avoir 10 millions d’utilisateurs".

Marc Poulin a dit...

Merci Laurent. J'ai fait la correction.

Quentin a dit...

La vraie question à se poser est plutôt: qui va racheter Foursquare ?
Google est un potentiel prétendant, qui a toutes les armes pour rentabiliser cet investissement.

Marc Poulin a dit...

Les achats d'entreprises sont souvent des affaires de marketing ou d'égos qui ont peu à voir avec la valeur de ce qui est acheté.

Les actifs de Foursquare ont peu de valeur pour Google et Facebook. Ces derniers ont un plus grande base d'utilisateurs et de "locations" et leur infrastructure technologique est bien moindre. Foursquare n'a ni brevets ni liste de clients intéressante. Mais surtout,ils n'ont aucun modèle d'affaires qui génère suffisamment de revenus.

Marc Poulin a dit...

On annonce que Gowalla vient de se faire racheter par Facebook. Ceci serait relié à la fonction Timeline de Facebook.

Chérif MILI a dit...

Bonjour,

Je suis d'accord avec vous sur l'ensemble et la thèse finale. Mais il y a un argument contre Foursquare que je trouve un peu "arrogant".

Concernant l'ordre des lieux dans la liste, je pense que si Foursquare ne le constitue pas exclusivement en fonction de la distance c'est qu'ils ont étudié la question. J'imagine qu'il est aussi fonction de la fréquentation du lieu. Le but étant de mettre en 1ers les lieux où l'utilisateur a le plus de chance de se trouver...

Ce n'est pas parce que le concept général est économiquement fragile qu'ils ont forcément tort sur tout. Cette attitude facile diminue la crédibilité de l'article, c'est dommage car l'ensemble est intéressant.

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